L’abbaye du mont Saint-Michel se trouve sur la commune du Mont-Saint-Michel, en Normandie, dans le département de la Manche. Classé monument historique en 1874, le site figure depuis 1979 sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. On le compare souvent aux Sept Merveilles du Monde.
Le rocher qui s'élève, majestueux, au milieu de l'immense estuaire qui s'étend des côtes de la Normandie à celles de Bretagne, fut nommé le Mont Saint Michel dès le VIIIe siècle.
Auparavant, il était connu sous le nom de mont Tombe, et était déjà un lieu de cultes druidiques pour les peuplades qui occupaient la forêt de Scissy. Selon l’historien du XVIIIe siècle, Gilles Deric, le rocher était dédié au dieu gaulois du soleil sous le nom de Mons vel Tumba Beneni : Mont ou Tombe de Belenos.
Dom Jean Huynes, dans son ouvrage "Histoire générale du Mont Saint-Michel au péril de la mer" consacre quelques unes de ses pages à la fondation du sanctuaire chrétien primitif. Selon ses écrits, Saint Aubert, Evêque d'Avranches, éleva dans les premières années du VIIIe siècle une église à Saint Michel qui lui était plusieurs fois apparu en songe.
Au niveau de l’église paroissiale, commence le Grand Degré (350 marches environ) qui conduit à l’abbaye. Edifiée dès le Xe siècle siècle, l’abbaye bénédictine du Mont Saint Michel abonde en merveilles architecturales édifiées dans les styles carolingien, roman et gothique flamboyant.
Elle est divisée en deux parties majeures : l’abbatiale et la Merveille.
En 1898, lors de fouilles sous le plancher de l’église abbatiale actuelle, l'architecte Paul Gout redécouvre Notre-Dame-Sous-Terre, l’abbatiale originale fondée en 966. Mais Notre-Dame-Sous-Terre ne sera complètement dégagée qu'en 1959, lorsque l’architecte Yves-Marie Froidevaux aura installé une poutre en béton précontraint.
Les agrandissements successifs de l’abbaye avaient en effet fini par absorber la totalité de la première abbatiale jusqu’à la faire oublier pendant plusieurs siècles. Restaurée, elle offre désormais un magnifique exemple d’architecture préromane.
L'abbatiale actuelle fut construite pour accueillir les pèlerins qui venaient chaque jour plus nombreux au Mont Saint Michel, et en remplacement de Notre-Dame-Sous-Terre, l'église originelle. La nouvelle église abbatiale comportait trois cryptes, soit la chapelle des Trente-Cierges, la crypte du chœur et la chapelle Saint-Martin (bâties entre1031 et 1047). L’abbé Ranulphe commença ensuite l’édification de la nef en 1060. En 1080, trois étages de bâtiments conventuels sont édifiés au nord, comprenant la salle de l’Aquilon, le promenoir des moines et le dortoir.
Le cellier et l’aumônerie de la future Merveille sont également entamés. Les nouvelles constructions recouvrent alors entièrement Notre-Dame-Sous-Terre qui demeure néanmoins utilisée pour le culte.
Mal consolidées, trois travées occidentales de la nef s’écroulèrent sur les bâtiments conventuels, en 1103. L’abbé Roger II les fait reconstruire mais, en 1421, c'est au tour du chœur roman de s’écrouler. Il sera reconstruit en style gothique flamboyant entre 1446 et 1523.
Enfin, suite à un incendie en 1776, il sera décidé de démolir les trois travées occidentales de la nef et, en 1780, la façade classique actuelle sera édifiée. Malheureusement, les soutènements nécessaires à cette dernière nécessiteront la coupure en deux de Notre-Dame-Sous-Terre.
Les façades Est et Nord de la Merveille sont d'une puissante beauté en raison même de leur extrême simplicité. Elles présentent l'image de la force et de la grandeur par leur aspect imposant. Ces immenses murailles de granit sont renforcées extérieurement, au droit des poussées des voûtes intérieures, par de puissants contreforts qui ajoutent encore à l'effet général.
La Merveille était l’endroit où vivaient les moines. Vue de l’extérieur, elle correspond à la partie gothique, c’est-à-dire à la face nord, et a été construite en 25 ans, à partir de 1211. Elle s'élève sur trois étages.
La Merveille est elle-même organisée en deux parties : la partie est et la partie ouest. La partie est fut la première à être construite et comprend trois salles : l’Aumônerie, la Salle des Hôtes et le Réfectoire. La partie ouest, quant à elle, a été érigée sept ans après et comporte également trois salles : le cellier, la salle des Chevaliers et le cloître.
En haut de la Merveille, se trouve un cloître exceptionnel, aux colonnes de granit rose.
Robert de Torigni fut élu Abbé du Mont Saint Michel en 1154, par le sufrage unanime des moines, rétablissant ainsi la paix parmi les moines divisés depuis plusieurs années.
L’abbé Robert de Torigni fit édifier, à l’ouest et au sud-ouest du Mont Saint Michel, un ensemble de bâtiments comportant de nouveaux logis abbatiaux, une officialité, une nouvelle hôtellerie, une infirmerie, la chapelle Saint-Etienne ainsi que la chapelle Saint Aubert, dédiée au fondateur de l'abbaye.
Il fit également remanier les chemins de communication desservant Notre-Dame-Sous-Terre, afin d’éviter un trop grand contact entre les pèlerins et les moines de l’abbaye.
On y trouve également une roue servant de treuil, installée lors du fonctionnement de la prison, destinée à approvisionner le mont en denrées et à l’intérieur de laquelle marchaient des prisonniers pour la faire tourner.
Les bâtiments de la belle-chaise et des logis abbatiaux intègrent les fonctions administratives de l’abbaye aux fonctions cultuelles. L’abbé Richard Turstin édifie, à l’est, la Salle des Gardes (qui sera depuis l’entrée de l’abbaye) ainsi qu’une nouvelle Officialité, où est rendue la justice relevant de l’abbaye (1257).
Vers 1393, sont édifiées les deux tours du Châtelet, puis ensuite la tour Perrine et une Bailliverie. Le tout sera complété, à l’initiative de l’abbé Pierre Le Roy, par un logis personnel complétant les fortifications de l’abbaye même.
NOTE : Viollet-le-Duc visita le Mont Saint Michel en 1835, mais ce furent ses élèves, Paul Gout et Edouard Corroyer, qui furent destinés à restaurer ce chef-d'œuvre de l’art gothique français. Et c'est en 1896 que la flèche s’élevant à plus de 170 mètres au dessus de la mer sera érigée.
Bibliographie : Edouard Corroyer, Description de l’Abbaye du Mont Saint-Michel et de ses Abords.
Paris, Dumoulin, 1877.